Jan ZÁBRANA Le mur des souvenirs

Le recueil de poésie de Jan ZÁBRANA traduit du tchèque
par Petr Zavadil et Cédric Demangeot a paru en 2020 aux éditions FISSILE.

Jan ZÁBRANA
(1931-1984)

Jan Zábrana naît en 1931 à Herálec, un village à mi-chemin de Prague et de Brno.  Il grandit dans la région, dans la ville de Humpolec.  Il n’a pas encore dix-sept ans en février 1949, lors du fameux « coup de Prague ».  Ses parents, engagés politiquement, victimes des campagnes d’épuration politique, furent tous deux arrêtés. Jan se voit la même année refuser par le régime l’autorisation de poursuivre ses études.

Après des emplois comme ouvrier en usine, il parvient à s’employer librement comme traducteur du russe et de l’anglais, et accomplit en ce domaine une œuvre importante et remarquable : Conrad, Ginsberg, Tsvetaeva, Mandelstam, Pasternak, Isaac Babel, Wallace Stevens, Sylvia Plath, entre autres. Autant d’auteurs qui lui furent certainement de précieux compagnons intérieurs, à ce moment de l’histoire.

En 1957, il publie pour la première fois quelques-uns de ses poèmes en revue.A partir des années 1960, l’horizon s’éclaircit un peu : ses parents sont libérés en 1960. Quelques années plus tard, la Tchécoslovaquie se fait le laboratoire d’une libéralisation culturelle exceptionnelle dans l’ère soviétique, et le creuset d’une génération particulièrement inspirée.Jan Zábrana y participe en publiant ses trois livres de poésie : Obsédantes icônes noires (1965), Pages de journal (1968) et Lynchage(1968), ainsi que trois romans policiers, écrits en collaboration avec Josef Škvorecký.

L’embellie ne dure pas. Suite au Printemps de Prague Jan Zábrana, se voit interdit de publication. Il poursuit ses travaux de traduction, mais ne publiera plus aucun texte.

Le mur des souvenirs (collection tchèque – fissile 2020), n’a pas paru du vivant de Jan Zábrana. Le manuscrit a été trouvé dans ses papiers après sa mort. L’édition originale tchèque (Atlantis, Brno, 1992) est posthume de presque une décennie.

…Langue à clous. Épervier plein de poux.
Le calme des dimanche après-midi en prison.
La nostalgie des coïts
qui n’ont pas eu lieu, il y a quinze ans de ça.
Seul le corps de cette femme fut réel pour moi,
tout le reste, rien qu’un édredon de neige délavée, incolore.
Une glace flottarde au citron.
« Croyez en le parti, camarades ! »
Mais croyez, croyez donc après la mort.
Le meurtre qu’on désire est à demi commis.
Toi, petit tambour de mon amour !
Enfant de Loth !
« Les mains partaitement propres, le cœur brûlant,
les mains parfaitement propres ! »
Nettoyées au permanganate.
Encore, encore ce coït, il y a treize ans de ça
qui m’a fait manquer la visite à ma mère en prison.
Comme nous nous sommes aimés, cette nuit de Noël !
...

JAN ZÁBRANA

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