Parution du livre de Dagmar Halas Le silence de la peur : Traduire la Bible sous le communisme

dagmar-halas-le-silence-de-la-peur-9782889185245C’est en 1980 que le P. Dominik Duka, OP, suggéra la traduction de la Bible en tchèque, à partir du texte français de la Bible de Jérusalem (1956) comparé aux originaux. Mais ses activités lui valurent plusieurs mois d’emprisonnement. Un couple d’universitaires, František et Dagmar Halas, prirent le relais et entreprit dans la clandestinité la traduction de la Bible. Dagmar Halas est conservateur des livres de bibliophiles et de reliures d’art, mais aussi auteur et traductrice de différents textes sur l’histoire de l’art. Historien, František Halas est interdit d’enseignement : le couple se retire en Moravie, à Brno – et continue à traduire la Bible. Fascicule par fascicule, leur traduction circule dans la clandestinité.

En 1990, František Halas devint le (dernier) ambassadeur de la Tchécoslovaquie près le Saint-Siège (puis, dès janvier 1993, le premier ambassadeur de la République tchèque, jusqu’en 1999). En 1999, il devient professeur d’histoire de l’Église à la Faculté de Théologie de l’Université (d’État) Palacky à Olomouc. Son père, František Halas, (1901-1949) est un très grand poète tchèque. Dagmar Halasova, sa femme, est traductrice ; elle a écrit un livre sur le poète (et peintre) Bohuslav Reynek (1892-1971).

Ils ont achevé la traduction trente ans après l’avoir commencée – elle est parue aux Éditions Krystal, Prague, en 2009.

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Dagmar Halas

 

La peur recouvrait tout comme un linceul. Un linceul de silence ? Ou un manteau, le manteau d’un silence protecteur qui, telle la neige qui recouvre les champs de blé en herbe, fait pousser, grandir, se propager la foi et l’espérance et la charité ? Sous le manteau du silence, on continuait à prier, à vivre avec les sacrements dans une Église de silence. Dans la vie de tous les jours, dans les prisons du communisme aussi. On apprenait à voir, à témoigner, à ouvrir les yeux sur la vérité du mensonge, sur la réalité de la haine !

Toujours est-il que la peur omniprésente engendrait une autre forme de silence. Le silence de la lâcheté qui poussait à se taire sur le mensonge, sur la haine. Ainsi, dans bien des familles, les parents taisaient ces vérités ; ils élevaient leurs enfants comme si de rien n’était. Se peut-il qu’ils aient trouvé que tout allait bien ? Ou bien avaient-ils peur des bavardages de leurs enfants ? Ou bien croyaient-ils protéger leurs enfants contre l’évidence de la vérité ?  Se doutaient-ils seulement qu’un jour leurs enfants allaient peut-être nier jusqu’à l’existence des goulags, prisons, meurtres, famines, déportations ? Ou bien que, guéris de leur cécité et surdité, ils leur en voudraient de leur accommodante lâcheté?

Retrouvez Dagmar Halas dans l’émission Le grand témoin de Louis Daufresne sur Radio Notre-Dame :
http://radionotredame.net/wp-content/uploads/podcasts/le-grand-temoin/le-grand-temoin-10-06-2015.mp3

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